Sujets d’examen : mon florilège

La saison des examens est l’occasion de chercher de nouveaux sujets sur les thèmes et les cours de l’année. Voici l’occasion d’exposer les miens :

  • « En vous appuyant sur la définition de l’empowerment donnée dans le cours, expliquez en quoi les technologies numériques interviennent dans la critique sociale »
  • « Selon vous, pourquoi l’idée des bien communs est-elle régulièrement évoquée par les réformateurs comme perspective de régulation à l’ère numérique ? »
  • « Dans le cours, nous avons vu que : « Les pratiques sociales du numérique sont le résultat de la propagation des usages et des compétences techniques qui y sont liées ». Décrivez la réalité de cette phrase autour de deux exemples de votre choix. »
  • « Avec la numérisation, qu’a-t-on gagné (ou perdu) dans la transmission de la culture ? »
  • « Pourquoi le numérique créé-t-il une tension sur les modèles économiques et leur fonctionnement ? »
  • « Pourquoi dit-on que le numérique permet « l’empowerment » et avec quelles limites ? »
  • « Quel enjeu s’attache à résoudre le principe des « creative commons » initié par Lawrence Lessig ? »
  • « Pourquoi les « données » sont-elles un sujet d’actualité dans les questions et les débats sur le numérique ? »
  • « En quoi le numérique participe-t-il au processus de convergence ? »
  • « Comment se manifeste la convergence entre acteurs industriels du numérique ? »
  • « La convergence est-elle achevée ? »
  • « En quoi les convergences techniques peuvent induire des convergences sociales ? »
  • « Pourquoi entend-on parler d’une possible fusion entre l’ARCEP et le CSA ? »
  • « En quelle mesure l’innovation de la numérisation participe-t-elle à la dynamique de la convergence ? »
  • « Le jeu vidéo est-il un fait culturel significatif ? »
  • « Quels sont les enjeux possibles d’une convergence entre le virtuel et le réel ? »
  • « Pourquoi dit-on qu’un contenu dématérialisé est « non rival » en terme économique, et pourquoi est-ce un enjeu de société ? »
  • « Quels sont les liens entre « innovation ascendante » et numérique ? »

 

Une DSI n’a pas vocation à innover

Le titre de cet article m’a un jour été donné de vive voix par un DSI (Directeur des Systèmes d’Information). J’avais alors un débat avec lui sur les stratégies/tactiques de gestion du système d’information dont j’étais responsable. Je faisait face à un écart de plus en plus important entre des objectifs contradictoires. Comment assurer ma direction générale du bon fonctionnement du système, tout en répondant aux opportunités ou mêmes aux injonctions paradoxales de cette même direction générale, friande d’innovation ?

En effet, il y a bien une antinomie entre un « système d’information » à gérer au quotidien et qui doit fonctionner 24h/24h, et la mise en oeuvre de nouveaux processus et services prometteurs. La temporalité longue et la stabilité, contre le temps court, cyclique et agile des essais/erreurs de nouvelles technologies. Il y a même d’autres antinomies dans ce problème : la compatibilité des technologies, les compétences associées, les usages et les procédures, le foisonnement et la concurrence entre applications et entre données…

L’histoire organisationnelle du « service informatique » est passée d’un stade à l’autre, suivant une évolution qui correspond à une montée en « maturité », non seulement de la part du service lui-même, mais aussi de la direction générale et de l’ensemble des acteurs de l’organisation. Cette maturité voit l’informatique passer des « moyens généraux » à l’origine, vers une dimension de partenaire stratégique dans l’entreprise ou l’institution. Je ne vais pas écrire sur cette évolution, déjà bien décrite dans la littérature, mais donner un coup de projecteur sur la tension contemporaine entre cette DSI et la « révolution numérique ».

En effet, l’adage disant que les cordonniers sont les plus mal chaussés est ici extrêmement vraie dans certaines organisations que j’ai traversées. Cette expérience m’a permis de voir en quoi il fallait proposer d’autres concepts et modes d’organisation pour une DSI si elle souhaite réellement et malgré tout, apporter l’innovation numérique à ses usagers. Pour rester cohérente, une DSI n’a en fait que deux options :

  1. Maintenir coûte que coûte la stabilité et le contrôle des projets dans son périmètre de missions et compétences. Ceci revient à « refouler » aussi bien concrètement que dans le discours toute initiative externe qui ne passe pas dans la petite porte de sa gouvernance. Il y a des symptômes et des conséquences.
  2. Dissocier le domaine qui relève du patrimoine informationnel et des processus métiers, sensibles et stables, du domaine des projets expérimentaux, délégués ou des initiatives localisées hors DSI. En conceptualisant les choses ainsi, la DSI garde un oeil (voire la main) sur ces projets en apportant des ressources minimales (essentiellement de l’AMO). Avantage final : certains de ces projets peuvent influer la stratégie globale et/ou devenir partie intégrante du SI une fois arrivé à maturité.

La première posture est bien entendu la plus difficile en terme de justification, car elle consiste à ignorer contre toute logique les opportunités et les usages du numérique. L’image de la DSI est très abîmée, ses discours sont très normatifs et ancrés sur des valeurs (qui s’incarnent dans des choix techniques et organisationnels) à défendre à tout prix. Une telle DSI craint les « preuves de concepts » qui montrent qu’il existe d’autre voies hors ses recommandations ou injonctions.

La deuxième posture est plus intelligente, car en reconnaissant l’existence d’un vivier d’initiatives et en l’organisant, elle acquiert d’autant plus de pouvoir lorsqu’il s’agit de dire « non » à un projet. La DSI délègue aux acteurs eux-mêmes une bonne part du destin du projet, dont elle pourra à terme faire bénéficier toute l’organisation dans ce processus de sélection des innovations concrètes, de terrain. L’existence d’un espace d’expérimentation dans l’organisation sera forcément bien perçu par les collaborateurs. Le risque est moins technique que social : le foisonnement doit être maîtrisé, ainsi que le temps passé par les porteurs de projet, dont la mission primaire dans le poste ne change pas pour autant. Cette gestion de l’expérimentation a le mérite de pouvoir être clair en terme de promesse : une évaluation périodique, des phases de validation, pas d’engagement de résultat, une fiabilité correspondant à une version en « beta » évolutive.

Cette deuxième organisation d’une DSI « innovante » a en outre l’avantage de requérir peu de changement en interne, ci celle-ci dispose déjà d’une cellule d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO). Elle rassure les personnels en rationalisant la présence de dispositifs « exotiques » au sein de l’organisation. La DSI peut également mieux faire passer ses procédures et normes, puisque elles sont susceptibles d’amélioration. Il n’y a plus opposition entre normes et usages, mais entre normes légitimées et usages non loyaux. Dans ce modèle, la DSI apporte des réponses plus larges pour l’entreprise et rend possible la captation de valeur des initiatives du terrain. Elle rationalise l’état de fait d’usages d’outils externes du web ou au contraire s’efforce de proposer des alternatives s’il y a des enjeux négatifs.

 

 

Perspectives et enjeux du numérique

(NDLR : cet article est une introduction à un dossier consacré à l’analyse de la révolution numérique.)

En 2015, le « numérique » est un thème universel, dont l’usage est tellement généralisé qu’il fait partie des « évidences » dans notre société. On ne peut plus rien faire sans utiliser, à un moment ou à un autre, un dispositif  « numérique ». Autre symptôme intéressant dans les éléments de langage du secteur économique, on lui substitue de plus en plus le terme « digital » : comme si le « numérique » était en service depuis trop longtemps. Considéré comme usé, il faudrait un autre mot pour renouveler sa modernité et son idéal de progrès avec l’équivalent anglais du même terme. C’est parce que nous sommes tous embarqués dans cette aventure depuis presque 3 générations qu’il devient pertinent de revenir sur cette évidence, de déplier et de décrire ses nombreuses facettes connectées par les technologies du quotidien et du futur. Derrière ce mot nous pensons à des réalités vécues, des usages partagés, des changements tangibles dans notre quotidien et dans notre vie professionnelle. Nous pensons aussi aux perspectives pour nos enfants qui héritent de ce pharmakon… Réputé insaisissable car toujours en mouvement, ce « progrès numérique » véhicule aussi des angoisses individuelles et collectives, par les changements rapides qu’il impose, par son implication dans les événements du monde, du fait divers au fait géopolitique mondial. La trajectoire du numérique dans la société commence avec la numérisation, la dématérialisation et l’appel aux ordinateurs pour résoudre avec efficience les problèmes de nombres et de calculs de la société industrielle. C’est d’ailleurs cet « ordinateur » qui nous fait passer à l’ère « post-industrielle », dans une société de l’information mondiale connectée en réseau. Aujourd’hui, les promesses continuent d’être énoncées, mais on se rend compte de l’existence de réelles frictions entre les temporalités sociales et la temporalité des sciences et techniques.

L’exploration du potentiel des technologies ne peut plus se passer d’un terrain réel d’application. Celà signifie que nos usages déterminent en grande partie les décisions qui sont prises par les multinationales du numérique et par ces startup qui naissent et meurent chaque jour. Chacune tente de capturer cette part de valeur économique qui réside dans les usages (et même le travail) que nous produisons en nous socialisant dans le monde virtuel. Avides de nouveauté et d’expériences, nous livrons volontairement ou non des données, sans voir qu’elles dessinent notre portrait et dévoilent nos vies. Nous sommes sous le microscope invisible des capteurs, machines et algorithmes qui produisent de l’information à partir de nos données, dans un processus qui semble aussi expérimental qu’obscur. L’ère numérique, c’est aussi la fin du « laboratoire » ou du moins, son extension au monde lui-même. Plus subtil, ce processus d’essai/erreur in vivo ne nous permet plus de savoir que nous sommes d’une certaine façon des cobayes. Beaucoup de nouveaux paradigmes émergent, des paradoxes sont révélés. Les débats sur ces changements dans la société sont peu nombreux. Le citoyen ou l’usager reste à l’écart d’un jeu où entreprises et institutions de régulation avancent avec la politique du fait accompli.

Alors que chacun s’est trouvé plongé au même moment dans ce nouveau monde indépendamment de toute logique générationnelle, sociale ou hiérarchique, les appropriations et les compréhensions ont été très différentes dans la société. Il a fallu apprendre et désapprendre nombre de repères et règles sociales, accepter que quelque soit son métier ou sa place dans la société, ce monde numérique était bien une révolution anthropologique bien plus qu’une révolution technique. Derrière chaque consensus de changement se déploie les tensions et les controverses sur le chemin à suivre, tant les impacts sont nombreux et les intérêts divergents. Il n’a jamais été aussi difficile de prévoir, anticiper, se projeter.

Ce que propose cette série d’articles est un regard sur ces enjeux et perspectives du numérique contemporain. Dans un monde en crise permanente, le numérique a sa part de causalité. Ce constat est donc un problème pour nous : une crise est une tension transformatrice, entre un « avant » et un « après ». Or nous savons qu’au présent, durablement, c’est la crise ! Comment parvenir à saisir ce présent s’il est en transition permanente ? Nous sommes tel un peintre qui essaierait de faire le tableau d’un sujet en mouvement et en transformation permanente. Pourtant, comme dans tout « signal » que nous percevons, il existe plusieurs méthodes pour distinguer l’information entre le bruit, le signal fort et les signaux faibles. En sciences humaines, ce travail est toujours incarné : ce n’est pas une intelligence artificielle mais bien humaine qui produit l’analyse. Un travail subjectif dont le résultat ambitionne d’apporter un éclairage, un regard propre sur le monde, pour aider à sa compréhension au delà du temps présent instantané. Oui, on peut essayer de « fixer » le présent et décrire en quoi la révolution numérique a déjà placé de nouveaux points de repères stables. Nous essaierons donc de placer notre regard au delà du temps, sur les mécanismes qui transforment, sur les points fixes qui sont leurs appuis. L’énoncé des ruptures n’empêchera pas de replacer les transitions ou les révolutions dans leur histoire et dans le courant des idées. Notre époque est très riche de ce point de vue, car le temps nous a donné à voir une matière désormais historique sur la construction de la révolution numérique. Le tableau final formera une interprétation sans doute impressionniste, où le mouvement des transitions numériques sera à comprendre comme un processus de recomposition permanente d’un monde en lutte entre les succès passés du modèle de la société industrielle, et la perspective encore incertaine d’une société résiliente au risque d’effondrement de son environnement écologique qu’elle a elle-même provoqué.

Les MOOCs, double transition pour la formation

Hier avait lieu la dernière session 2015 du #pouce organisé par l’INRIA de Rennes, une table ronde avec 4 intervenants (dont je faisais partie) et un animateur, pour parler d’un sujet très actuel, les « Massively Online Open Courses ». En français l’acronyme se traduit clairement par « Formation en ligne ouverte à tous« . Cet événement sera prochainement mis en ligne en vidéo, vous pourrez donc revenir sur les échanges très fertiles et complémentaires qui ont permis au public présent à la Cantine numérique de Rennes de découvrir ou approfondir ce sujet.

Pour ma part, j’ai essayé d’apporter une analyse moins centrée sur la technologie et d’avantage sur les transformations sociales produites par ce phénomène. Il y a bien sûr l’effet des mots dont la nouveauté tente parfois de masquer la continuité d’un processus d’évolution. Le MOOC est un nouveau genre d’E-Learning, qui est lui-même la version informatique d’outils que l’on trouve au stade expérimental dès les années 60[ref]On lira avec intérêt cette rétrospective sur l’utilisation de l’audiovisuel dans le secondaire, et les témoignages des acteurs précurseurs de l’époque[/ref]. Les outils techniques sont de longue date les compagnons des pédagogues (et des élèves) dans la transmission de la connaissance.

L’intitulé du thème « Les MOOCs réinventent-ils la manière d’enseigner ? » invite à dresser le constat d’une double transition dans la formation : le contexte numérique change à la fois les manières d’enseigner et en miroir,  les manières d’apprendre. Le contexte internet change la donne de part et d’autre selon une liste de thèmes que l’on peut dresser :

Thème de rupture Enseignant Elève
Temps : n’est plus synchrone. N’est plus synchrone ni dans les interactions, ni dans le cycle de formation qui peut commencer n’importe quand.

Les fonctions qui permettent la simultanéité sont délicates ou contraignantes en terme pédagogiques (vidéo conférence, chat…).

La formation se gère selon les disponibilités individuelles.
Plus d’unité de lieu, en dehors de l’espace de cours virtuel.  La disparition de l’espace va de pair avec la dématérialisation, qui touche aussi les supports habituels de l’écrit (poly, livres, cartes, affiches, objets…) L’absence de contact social direct, sans médiation technique.

Plus de lien entre lieu et activité : l’activité de formation peu se tenir aussi bien dans l’espace professionnel ou personnel, voire en déplacement.

Auto-inscription des élèves, sans sélection. La question des pré-requis et de la diversité des publics potentiels force à penser la conception du cours en conséquence.  L’opportunité de s’intéresser à n’importe quel sujet… mais aussi d’être frustré de ne pouvoir progresser si le cours est intéressant mais trop éloigné de ses connaissances ou de son niveau.

Correspond au principe de formation tout au long de la vie : la formation continue a désormais un nouveau mode d’acquisition de connaissances et compétences.

Grande abondance des cours disponibles. De nombreux catalogues sources, des milliers de cours déjà existants… Pour quelle visibilité de son propre cours ou de son école ?

L’opportunité d’articuler son cours avec des ressources disponibles.

 

 L’opportunité de suivre des cours d’écoles prestigieuses.

La difficulté de s’y retrouver et de faire un choix pertinent par rapport à ses objectifs.

Un nombre « massif » d’apprenants Une ingénierie pédagogique particulière où l’interaction individuelle est exceptionnelle.  L’appel à de nouvelles modalités, tel l’évaluation par les pairs.

Beaucoup de décrochages d’élèves, dont les « curieux », mais aussi par déficit propre au modèle pédagogique ou au support de formation.

Des interactions rares, plutôt avec d’autres élèves. Peu d’acteurs, beaucoup de spectateurs. La « solitude » devant son écran.
Une médiatisation numérique des contenus et fonctions. Des compétences nécessairement nouvelles en technologies. D’où l’émergence d’un nouveau métier de concepteur, à cheval entre compétences de formation et compétences numériques : l’ingénieur pédagogique.

Un travail important et coûteux en amont dans la préparation des  contenus et la scénarisation.

Un corpus de contenus plutôt conçu pour une « transmission » magistrale, peu d’activités interactives ou sociales.
Un modèle économique non-marchand. La grande majorité des MOOCs sont gratuits, financés sur le principe d’un produit de « communication » de notoriété pour les écoles les plus prestigieuses, dont l’un des objectifs est de recruter des étudiants solvables.

Pour certaines institutions publiques, c’est au contraire l’opportunité de développer une mission primaire : le rayonnement de la connaissance ou de la culture. (En particulier la culture linguistique pour les non-anglophones)

L’opportunité de se former à coût zéro, en dehors de l’équipement numérique et de l’accès internet, qui sont plus que jamais des facteurs d’inclusion.
Le pré-supposé numérique On suppose que les élèves sont équipés et compétents dans l’usage des plateformes de formation, ainsi que dans la gestion de leur formation, la gestion de l’information et la recherche de ressources pour résoudre les problèmes.  Le type « MOOC » ne permet essentiellement que des contenus de formation en dehors des compétences pratiques ou manuelles. Les cours disponibles sont donc plutôt réservés au secteur tertiaire et peu développés en dessous d’un certain niveau d’étude ou niveau professionnel.
La question de la certification Impossible de certifier avec exactitude l’authenticité des individus et les évaluations des élèves prouvant l’assimilation de la connaissance.

Un « certificat » d’accomplissement qui n’est pas un diplôme.

 La recherche de la connaissance ou la satisfaction d’apprendre, avant tout. Ne permettra pas d’obtenir un diplôme, mais peut contribuer à une formation diplômante par ailleurs, ou à une évolution professionnelle.

Les MOOC excluent donc la certification de compétences pour les activités à risques (médecine, aéronautique, industrie…). Toutefois, ils peuvent contribuer à préparer ou compléter un cycle de formation traditionnel faisant l’objet d’une évaluation certifiée.

La tension entre les dimensions individuelles et collectives La formation initiale a une dimension de masse historique depuis Jules Ferry : éduquer, former à l’échelle d’une nation entière. Toutefois, le numérique et les MOOCs changent le processus d’accès à la connaissance en fractionnant le projet collectif de masse et national, en une masse de projets individuels et mondialisés.

Le contexte contemporain voit avec les MOOCs un nouveau symptôme d’un processus d’individualisation de la formation : individualisation des parcours, des opportunités.

La contrepartie de l’autonomie laissée à l’individu ne permet pas de prédire la réussite ou l’efficacité d’un MOOC, qu’il faudra améliorer dans un processus d’essai/erreur…. ce qui est le propre de la pédagogie.

 Les MOOCs fonctionnent sur l’auto-détermination, l’initiative, la liberté individuelle. C’est un projet de formation en autonomie.

Ceci développe et favorise les qualités en connexion avec l’autonomie : « savoir apprendre à apprendre » – l’auto-didaxie, savoir s’organiser, savoir rechercher les ressources pour résoudre ses problèmes, savoir communiquer entre pairs.

Le collectif n’est pas évacué, si on est à l’aise avec l’engagement conversationnel du « 2.0 ».

Pour cet ensemble de facteurs, les MOOCs vont plutôt constituer un accélérateur pour la partie la plus supérieure de la population en terme social. A contrario, probablement continuer à étirer la distance entre ceux qui bénéficient de la valeur des usages numériques… et les autres.

Les MOOCs sont destinés à rester durablement dans le paysage. En effet, leur utilité et légitimité est déjà acquise aussi bien du côté de l’offre que de la demande, et il existe bien un secteur non-marchand puisque nous sommes là dans une « matière première » qui est la connaissance, dans un paradigme de production à coût marginal quasi nul[ref]Par définition, seule la production du premier cours nécessite un investissement. Par la suite, on peut « rejouer » le cours avec des charges de fonctionnement très réduite, voire nulle si le cours est disponible sans accompagnement.[/ref]

La redéfinition des enseignants et de leur position de médiation est donc à redéfinir : un glissement dans l’enseignement traditionnel, plus un espace nouveau pour le « télé-enseignant ». La valeur ajoutée pédagogique n’est pas « annulée » par la technologie, au contraire. La recherche en pédagogie a déjà démonté le mythe du « cyber-prof ». Cette perspective cybernétique se retrouve dans les discours des éditeurs de plateforme d’e-learning (les serveurs de contenus), mais aussi chez certains décideurs publics ou privés, qui voient dans la perspective numérique du MOOC les solutions à deux problèmes (l’augmentation des coûts de l’éducation et la baisse des financements publics) et à un besoin : alimenter la thématique du « progrès » dans la sphère de la communication.

Faut-il craindre le pire avec les imprimantes 3D ?

Cet article est largement motivé par la lecture agacée d’un article de Slate intitulé « À quand la première arme de destruction massive fabriquée avec une imprimante 3D? » Il s’agit d’un écho à un article original américain publié sur le Whashington Post dans lequel l’auteur nous révèle ses angoisses sur l’arrivée prochaine (très proche, hein) d’armes de destruction massives (nucléaires), à cause ce ces maudites imprimantes 3D. Oui oui, je caricature une caricature. Pour preuve le titre original : « You can print your own guns at home. Next it will be nuclear weapons. Really. » D’ordinaire je passe et j’évacue, mais c’est l’opportunité d’écrire dans un double travail, d’abord d’analyse journalistique puisque l’auteur français ne l’a pas fait, ensuite pédagogique en expliquant où peut se situer le périmètre de cette menace, cette controverse sur l’impression 3D grand public.

Ces articles utilisent des facilités avec des raccourcis sans rigueur, ce qui permet pas de comprendre les enjeux. Ils décrédibilisent la démocratisation de l’impression 3D dans son innovation à la fois sociale et économique. Oui, certaines actualités ont montré que des individus s’étaient essayés à concevoir et imprimer des armes, plus particulièrement des pistolets, jusqu’à un certain succès. La fabrication d’armes n’est pas à la portée de n’importe qui, mais le principe du prototypage que permet l’impression 3D est aussi assorti d’une capacité à reproduire des objets dont les « plans » sont partagés sur le web. Il suffit qu’une seule personne réussisse et tout le monde pourrait bénéficier de son travail pour imprimer… des vases, des figurines, des pièces de rechanges. Et pour une ultra-minorité, des armes, tel le “liberator”. En revenant à la rigueur des faits tangibles, on sait que les américains n’ont pas effacé le traumatisme du 11 septembre et qu’ils sont prompts à l’angoisse terroriste tout azimuts. De tels articles font du buzz mais aussi beaucoup de tort au débats dont la société a besoin pour appréhender les changements et son avenir.

De quelles armes parle-t-on ? De couteaux en plastique, par exemple. L’arme blanche utile pour le poulet au menu du pique-nique. L’impression 3D « démocratique » ne concerne que le plastique aujourd’hui, et même encore demain, pour des objets de taille réduite. Rappelons que l’impression 3D est un mode de production d’objet par aggrégation d’une matière première. (Le PLA ou l’ABS). Oui, on peut travailler le métal, et même fabriquer une arme automatique, mais dans des contextes et avec du matériel qui n’a rien de « grand public » comme le montre cette expérience menée par un fabricant d’armes. Les essais de fabrication de pistolets à pièces en plastique ont de grandes limites : fiabilité, coup par coup (pas de rafales), munitions artisanales. L’auteur américain commence donc par minimiser toute tentative de régulation par son gouvernement : “But technology is a bigger obstacle to reducing future gun deaths than either the National Rifle Association or differing interpretations of the Second Amendment.” Magnifique assemblage de sophismes… Il existe déjà une loi concernant ces « armes indétectables » : le gouvernement fédéral américain l’a renouvelée suite aux avancées d’une société américaine qui s’est donné comme objectif radical de produire les plans et les outils pour celà. De plus, l’auto-régulation existe : le dépôt de modèles 3D thingiverse a retiré les plans d’armes, conformément à ses conditions d’utilisation (point 3.3).

La menace fantôme

Si la preuve est faite qu’il est possible de fabriquer un type d’arme légère à base de plastique, jusqu’où peut-on généraliser ? Quel impact sur les conditions sociales de notre rapport aux armes légères et à leur régulation ? Deux « pivots » de ce changement sont à noter : la détection par les portiques de sécurité, la régulation de la dissémination. Dans les aéroports, la menace terroriste est une obsession, il serait impensable qu’un détournement d’avion renouvelle le 11 septembre 2001, ou toute autre atteinte à l’Etat et à ses représentants, tel un coup de force dans un tribunal ou tout autre lieu symbolique des institutions. Or les portiques ne peuvent pas détecter du plastique « configuré » comme arme à feu. Dans la plupart des états occidentaux, la possession d’arme est régulée : « libérale » aux USA, très contrôlée et surveillée ailleurs. Une régulation internationale existe sur le commerce de l’armement. L’Etat assure la traçabilité des armes légères et responsabilise ses possesseurs. Effectivement, l’auto-fabrication contourne et rend impossible la trace des armes (mais pas des munitions) et le changement de nature matérielle d’un pistolet peut mettre en échec les systèmes de protection. Malheureusement, ces articles oublient toujours la question des munitions, sans lesquelles l’arme ne sert à rien. Elles sont métalliques d’une part, et sont composées d’explosif qu’on ne peut pas fabriquer soi-même. Le portique sonnera trois fois, et subitement la menace de l’impression 3D se réduit aux armes blanches, du type couteau en plastique, donc.

La bombe atomique

C’est le point « godwin » de ces articles, qui déploient sans limite le potentiel d’armement de l’impression 3D. Les deux articles y vont fort en terme de « promesse », puisqu’on évoque les armes de destruction massive qu’on pourrait imprimer à la maison, d’ici quelques dizaines d’années. (Pourvu que Kim Yung Un ne lise pas Slate ou le Washington Post). En réalité, le coeur d’une arme nucléaire est une sphère de matière fissile qu’on ne trouve pas dans une casse automobile et qui ne se manipule pas avec des gants de jardinage. (On passe sur les détails qui rendent très complexe la « fission prompte« ). Evoquer cette perspective en lien avec l’impression 3D c’est du grand n’importe quoi.

S’il existe bien des expérimentations dans des domaines très divers, c’est au stade expérimental avec des défis bloquants, et les machines correspondantes qui pourraient en sortir seraient loin, très loin d’être « grand public » en terme de coût et de compétences. Ce n’est pas parce que la technologie « d’impression 3D » est un point commun que demain, l’arme du terroriste post-11 septembre sera une arme de destruction massive imprimée dans son garage. Cet article fait de la généralisation abusive à chaque paragraphe : en terme biologique, on expérimente au niveau des organes, pas des cellules ni de l’ADN. Il faut des installations particulières pour la culture de virus ou de bactéries. En chimie, la production de substances toxiques ou explosives suit d’autres technologies, parfois dramatiquement simples. Autant d’éléments qui rendent hors sujet cette mise à l’index de l’impression 3D personnelle au delà des armes conventionnelles.

L’impression 3D

La technologie d’impression 3D permet la fabrication artisanale (c’est à dire « lente ») d’objets, par un principe de dépôt et agglomération de matière première. Les machines récentes permettent de mélanger les types de matière, dans la mesure où elles sont de même type. Pour le plastique, la tête d’impression fait fondre la matière et la dépose en couches. Pour le métal, c’est un bac de poussière métallique, il n’y a pas de tête d’impression mais un laser qui provoque la fusion locale et réalise assemble la matière par couches successives. Ce principe existe aussi avec le plastique, chauffé par ultra-violet. C’est une technologie qui n’est pas nouvelle, mais elle passe la frontière du secteur de l’industrie pour devenir accessible au grand public, pour le plastique seulement aujourd’hui.

La fibre anxiogène mobilisée dans ces articles provient de la démocratisation de ces machines, qui existent maintenant à un coût abordable pour de petites structures voire des particuliers. La « révolution » du bricolage, du do it yourself s’est rapidement diffusée par la promesse d’innovation locales, qu’elles soient sociales ou économiques, marchandes ou non-marchandes. Les enjeux sont communs à toutes les innovations qui permettent au numérique de passer de la « communication » au « faire ». Les drones sont un autre exemple dont les enjeux de sécurité sont très proches de l’arme 3D : effectivement, un drone peut être dangereux par accident ou par destination. La société a besoin de débats, d’appropriation de ces enjeux, dans leur réalité technique et dans leur incidences sociales. Le “Buzz” est du bruit, c’est la facilité du mauvais journalisme, bien utile pour divertir et faire diversion pour éloigner l’intelligence de la vérité.

 

Interview sur la loi « renseignement »

J’ai été interviewé pour la radio locale rennaise Radio locale rennaise Canal B. Le sujet est en ligne sur le site de Canal B dans la rubrique de l’émission « la midinale » du 26 mai 2015. Le sujet est en première partie et dure 18 minutes. Bien mené, le journaliste parvient à éclaircir les points sensibles et complexe de ce projet de loi. (Celle-ci devrait être votée sans changement majeur d’ici quelques jours, début juin).

Situé dans sa dimension locale, le chroniqueur a interviewé des élus, des acteurs locaux, comme le président de l’Association BUG – Rennes. Dans mon témoignage, j’ai apporté ma vision des enjeux et contribué à la critique de ce projet. Je pense en effet qu’il s’agit d’un événement historique, avec des impacts nombreux sur l’économie numérique, à la démocratie et aux droits de l’homme. Les conflits liés au terrorisme sont un changement géopolitique majeur pour nos démocraties occidentales, la manière dont celle-ci réagissent n’en est pas moins déterminante. Beaucoup de sophismes ont été énoncés par nos élus.

Au regard de la réalité technique et sociale de l’internet d’aujourd’hui, cette loi n’est ni une bonne solution, ni une solution tout court pour certaines dispositions. On constate que l’évolution législative évolue dans le même sens depuis le début des années 2000. En 2011, c’est la loi « LOPPSI » puis récemment la loi de programmation militaire pour les années 2014 à 2019 qui entérinent un pouvoir lié à l’exécutif (police, armée) qui exclue toute intervention du pouvoir judiciaire. Cette tendance systématique à l’éviction du contre-pouvoir judiciaire dans des dispositifs de plus en plus puissants et élargis est un signe de crise institutionnelle, d’impuissance à répondre aux nouvelles menaces « terroristes ». Il semble n’exister qu’une voie unique, qui donne surtout à lire l’importance que les acteurs politiques donnent au paramètre de « visibilité » à court terme, au détriment d’une réelle stratégie, réaliste et mesurée par rapport à l’équilibre entre les libertés et la sécurité publique.

En l’espèce, on critiquera pêle-mêle le copier-coller dans le principe des mesures post 11 septembre aux USA, alors que ceux-ci commencent à faire marche arrière, le fantasme de la détection terroriste par algorithme , l’obligatoire collecte de données massive à des fins de profilage statistiques (en dépit des affirmations contraires), des contres-pouvoirs qui seront insuffisants, l’impact sur l’hébergement internet en France, l’existence de solutions d’évitement de la surveillance pour ceux qui seront effectivement une menace, le coût exhorbitant de ces dispositifs pour les finances publiques… La liste est très longue. Les acteurs de la société civile qui accompagnent les critiques sont pléthoriques en diversité et en quantité. Dans le fond, c’est aussi le constat qui ne peut que laisser amer, d’une dilution de ce qui « fait société », le vivre ensemble, qui était basé sur des idées lumineuses et révolutionnaires : la république, dont on oublie pourquoi et comment elle a été fondée.

En accompagnant l’angoisse des citoyens, bien instrumentalisée dans les chambres d’échos médiatiques, les décideurs politiques ignorent deux transitions vers l’avenir que requiert notre civilisation, celle du numérique et celle d’une géopolitique des conflits de guerrilla déterritorialisées. Ils entérinent une société individualiste où le problème est dans l’individu (traquer le futur dhijadiste) et la solution est d’adresser l’angoisse individuelle (donner à voir du sécuritaire, exposer l’ultima ratio de l’Etat). Une vision simpliste de la complexité du monde, qui veut promettre la sécurité et la maîtrise des problèmes, plutôt que d’agir sur les causes profondes.

Sur la question de l’internet, la voie actuelle est sans issue sauf à démanteler de plus en plus brutalement et radicalement l’internet en France, comme cela se pratique en Chine. La prochaine étape sera certainement le contrôle des moyens de chiffrement, une tentative qui pour le coup soulèvera des résistances dans l’ensemble du monde économique pour qui cette technologie est le fondement de la confiance dans l’e-commerce.

Sur le projet de société, c’est un message clair et désastreux, où la volonté de contrôle des individus est caricaturale dans sa radicalité : les lanceurs d’alertes au sein de l’Etat seront sous contrôle de l’Etat. Il semble que sur ce point c’est tout ce qui a été retenu de l’affaire Snowden : un « bug » dans ce projet de société où la surveillance et la police secrète sont le seul remède proposé aux crises contemporaines. Pourtant, à tout pouvoir nouveau devrait correspondre le développement d’un contre-pouvoir équivalent.

Au fil du temps et des lois, nous nous éloignons inexorablement autant du siècle des lumières que du projet des pionniers de l’internet. Il est peut-être temps de comprendre pourquoi.

 

 

Aller à MaisonMIX. (#oupas)

J’avais repéré l’événement « MaisonMIX » qui aura lieu à Rennes fin mars. Nouveau type de « crowd sourcing« , c’est un projet de conception collaborative qui utilise les recettes des méthodes agiles : en peu de temps, donner à plusieurs équipes la mission de trouver des idées nouvelles et de les mettre en oeuvre dans un prototype concret. Déjà expérimenté avec succès dans le musée, la méthode s’invite dans la « maison ». Nouveau lieu, même principe : faire venir des volontaires de tout horizon pour réfléchir ensemble de manière innovante.

Cette forme de travail est effectivement innovante et tient plusieurs promesses, en particulier produire de la créativité :

  • Les participants sont volontaires. En n’étant pas rémunéré, le rapport au travail et à l’engagement personnel change. On y vient par curiosité, par défi aussi puisque le projet à développer n’est pas connu à l’avance et qu’à la fin un prototype sera présenté.
  • Les équipes sont composées de non-spécialistes du domaine, d’horizons et de profils professionnels différents. Développeurs ou « makers » sont accompagnés de « facilitateurs », spécialistes des usages, ingénieurs, designers, artistes… Quelques experts du domaine sont là mais pas dans une perspective hiérarchique. Ce métissage des profils et origines promet des échanges individuels denses.
  • En 3 jours, les équipes vont travailler en collaboration (pas en compétition) pour générer leur idée et la mettre en oeuvre. Chaque « talent » individuel peut s’exprimer dans ce processus qui correspond à un cycle temporel des méthodes de conception agile : on parle d’un « sprint ».

Pour la logistique et l’organisation de l’événement, une structure assume le rôle d’organisateur avec des sponsors qui financent les coûts du projet. Fédérateur et valorisant pour un territoire, on trouve souvent des collectivités locales ou territoriales au sein des financeurs. Dans MaisonMIX, on notera la participation d’Orange.

La force du projet est de ne pas proposer de cahier des charges aux participants en dehors des règles de collaboration. On maximise ainsi le contexte favorable à la créativité. Les équipent choisissent elle-même de définir le problème qu’elle vont avoir à résoudre. C’est l’inverse dans un processus industriel classique « non agile », dans lequel les équipes progressent de manière séquentielle à travers des objectifs que personne ne peut prendre en main globalement.

Désormais appliqués à des domaines au delà du développement logiciel, ce type d’événement met en place une dynamique qui emprunte aussi à l’intelligence collective que nous connaissons dans les usages et la production de contenus d’internet. Dans ces projets de « remix », l’essentiel n’est pas dans les prototypes fabriqués car l’objectif n’est pas de terminer avec un produit fini. Dans ce processus, on « ouvre » l’innovation en sortant des modèles classiques de conception et de développement.

En demandant à des volontaires de participer sans rémunération, ce type de projet brise aussi le modèle classique du rapport au travail. Les motivations des participants sont différentes, on consolide le contexte favorable à l’engagement individuel, en particulier en effaçant les rapports de hiérarchie, les stratégies et intérêts individuels.

Que produisent ces *MIX ?

Pour les participants, l’implication et le résultat final produisent de la reconnaissance, de l’expérience, des compétences nouvelles… Les nouvelles personnes croisées pendant ces 3 jours apportent aussi des horizons nouveaux, décloisonne par la preuve : on a réussi à produire, à créer collectivement. Dans certains cas, l’aventure peut se poursuivre jusqu’à la création d’entreprise lorsque l’idée est bonne et les auteurs ambitieux. L’organisateur lui, récolte la créativité produite et les potentialités d’innovation. L’important est que tout le monde s’y retrouve et que l’on sache à qui appartient ce qui est produit, car à la fin reste implicitement le retour au secteur marchand.

En posant le principe du « don » et du « contre don » comme base du travail, l’organisateur et les participants sont en principe au clair sur le projet et les relations à la valeur économique, ainsi que sur la destination des idées et des prototypes produits. En guise de conseil aux participants, on pourrait simplement rappeler que si la valeur d’échange n’est pas équilibrée, il ne faut pas être dupe.

Alors MaisonMIX ou pas ?

Personnellement, quelques détails me gênent sur le profil de MaisonMIX. Dans l’autre cas de MuséoMIX, l’objet du travail est un bien commun, la culture, l’histoire, situé dans un lieu public, le musée. On s’attache ici à revisiter l’institution et le patrimoine historique et culturel. La destination des innovations produites retourne au final dans le bien commun. Un projet de créativité collective sur la base du « don » me semble facilement compatible.

La « maison » n’est pas de cet ordre : c’est un lieu privé, jusqu’à l’intime. C’est aussi un contexte de vie quotidienne qui de toutes part n’a de rapport qu’avec la sphère marchande, en terme de biens et de services. Objet d’approche par la technologie depuis l’ère de la micro-informatique, le numérique s’appelait alors la « domotique« . On trouve à nouveau ce terme sous de nouvelles offres de services des opérateurs (SFR qui met le paquet, Bouygues, et Orange). Egalement dans les rayons d’objets connectés destinés à la maison : lumières d’ambiance, caméras de surveillance, hi-fi connectée… Pour le moins, l’innovation numérique dans la maison est donc un terrain particulièrement d’actualité dans le secteur marchand.

Malheureusement le site de MaisonMIX ne donne pas d’information précise pour éclairer cette question. J’ai essayé d’avoir des précisions sur la destination des créations en contactant l’organisateur. A ce jour je n’ai pas encore de réponse. J’ai donc encore des doutes sur ma participation, faute de ne pas avoir assez de visibilité sur le « contre don » qui me serait propre. Mon regard critique n’est pas polémique, mais j’ai identifié ce point faible dans le projet et je trouve dommage qu’il n’ai pas été traité par l’organisateur. Dans « MaisonMIX », qui est le garant de la neutralité de ce qui sera produit ?

Si le modèle d’organisation proposé par le « remix » collectif est bien innovant, il reste que sa transposition n’est pas forcément valable dans tous les domaines. Apparue sur internet, la controverse du « travail gratuit » existe aussi sous des formes incarnées, sans doute pour faire avancer notre maturité collective dans les nouvelles formes de rapport au travail.

 

iTunes et moi, c’est fini : les CGU comme arme de défiance massive

Après avoir mis à jour iTunes en version 11, j’ai eu aujourd’hui une surprise désagréable. J’ai une bibliothèque musicale composée de mes CD Audio, mais aussi de titres achetés sur l’iTunes Store. J’écoutais tranquillement Sting ce matin, et brusquement iTunes s’arrête. Je regarde l’application, et je suis stupéfait : pour continuer à lire le morceau suivant, iTunes me demande de valider les nouvelles conditions d’utilisation du service. Pas moyen passer outre.

iTunes refuse de jouer ma musique légale

Et pourquoi donc ? Parce que ce morceau a été acheté (il y a des années) sur le Store. Agacement : en fait je suis tout simplement dans l’obligation de valider ces nouvelles conditions commerciales pour écouter le moindre morceau de musique légale que j’ai acheté. Rien dans l’évolution de ce « contrat commercial » ne concerne ma musique ou mes usages.

Apple a donc décidé de forcer la main sur l’acceptation de ces évolutions de contrat. Dont acte. Je n’ai désormais plus confiance dans cette plateforme « légale ». J’ai toujours dit et enseigné que le principe n°1 dans le business numérique était l’établissement d’une relation de confiance avec les internautes, les consommateurs, les clients. Toute mesure excessive, inutile ou ne respectant pas l’équilibre des droits et devoirs entre vendeur et consommateur est une erreur. Dans le « tout social » qu’est internet, le consommateur est (potentiellement) instruit, acteur, et attentif à l’équilibre dans la relation. Opposer un « contrat commercial », qui est dans les fait unilatéral dans sa définition à une demande légitime des clients, c’est se tirer une balle dans le pied. Forcer la signature d’un contrat en retirant l’accès à un contenu déjà acheté, c’est déloyal, et probablement illégal.

Je vais sécuriser toute ma musique « légale » et protégée par les DRM d’Apple en déverrouillant ceux-ci. Il y a une application pour çà. (Non merci Apple, je ne paierai pas une deuxième fois pour mes morceaux sans DRM).  Je n’utiliserai pas non plus un « cloud » faisant partie d’un package de services, dont on peut suspecter désormais que les conditions d’usages pourront à tout moment être modifiées unilatéralement en ma défaveur. Le meilleur cloud, c’est le mien.

C’est une tendance globale, d’autres firmes, éditeurs sont sur cette mauvaise voie et certains vont certainement se casser les dents. On aura encore perdu du temps pour avancer dans cette société numérique. Le contrat n’est pas au dessus de la Loi, mais on y va, on essaie. Le contrat comme concept de « la loi du plus fort », déjà en terme de volume et de complexité on atteint des sommets et un site web s’attaque même frontalement au problème.

Le contrat commercial des sites de e-commerce est actuellement en passe de devenir une arme de défiance massive. Ce comportement me sidère régulièrement, il est tout simplement aberrant qu’une entreprise choisisse une stratégie qui en jouant contre ses clients, joue tout simplement contre ses intérêts et ceux tout entiers du secteur de l’ebusiness.

 

Perspectives et enjeux du multimédia

Dans mes enseignements à l’Université, j’ai l’occasion de dispenser à la fois des cours magistraux et des travaux dirigés. Sur la forme pédagogique, les travaux dirigés sont parfois paradoxalement plus pénibles que les cours. Les étudiants n’aiment pas être dérangés par des demandes insistantes et répétées pour participer, ce qui est pourtant le principe d’un TD. Mais j’adore mes étudiants, là n’est pas la question. Certains me le rendent bien en me restituant des dossiers qui montrent un bon niveau à la fois dans les contenus rassemblés et le niveau de réflexion. Qui aime bien « châtie » bien, je suis donc très content de mettre d’excellentes notes quand j’en ai l’occasion.

Voici un enseignement qui me ramène dans une vie antérieure : j’ai travaillé comme développeur et chef de projet sur plus de 30 projets interactifs, du kiosque muséographique au CDROM de communication, en passant par de l’elearning et des produits de formation ou d’évaluation des compétences. Ce thème raconte l’histoire contemporaine du numérique à partir de ses objets et de sa culture. Pour de futurs professionnels de la communication, c’est l’occasion de revisiter leur propre culture numérique, à travers en particulier leur expérience du jeu vidéo, pas si éloignée de la mienne…

Je vous propose les articles de la webographie que j’ai rassemblée pour mon cours, dans l’organisation thématique que j’ai posé.

Le jeu

Le jeu vidéo mobilise le multimédia depuis son origine. Les premiers jeux de foire n’étaient d’ailleurs pas encore électroniques, mais électro-mécaniques. En sollicitant le maximum des performances matérielles, le jeu vidéo a créé un marché et tiré l’industrie matérielle et logicielle jusqu’au début des années 2000. On touche à quantités de domaines : imagerie (2D, 3D), interfaces, musique… Tout un univers et une culture sont encore à l’oeuvre aujourd’hui[ref ]Par exemple dans le jeu Bit Trip Runner dont l’univers visuel est complètement inspiré par les limites « bitmap » des premières puces graphiques, et la musique par les sons des premiers oscillateurs sur puce. [/ref] avec des « game play »[ref]Un univers de jeu : légende, personnages, règles…[/ref] qui continuent à alimenter nos imaginaires ludiques, avec même un certain retour au formes graphiques et musicales du »8 bits »[ref]Les puces électroniques des années 80 et 90 étaient de technologie « 8 bits ». Cette caractéristique imposait un maximum de 256 couleurs et des sons d’un type et d’une qualité particulière[/ref]. Le jeu s’invite dans la formation avec le principe du « serious game », et la culture des années 80/90 est entretenue par les émulateurs, machines virtuelles qui simulent le matériel des bornes d’arcades et font revivre les copies numériques des puces et des logiciels de l’époque[ref]Voir le projet d’émulateur libre MAME[/ref]. Le jeu, numérique ou non, fait partie de la culture de l’humanité depuis ses origines. Il s’invite dans les usages de la technique depuis toujours.

Le numérique et l’Art

L’Art est aussi numérique. L’esthétique, le beau, la création n’ont aucune raison de rester à l’écart du numérique. Bien au contraire, les artistes et amateurs se sont toujours emparés de la technique, et la moindre production artistique n’est-elle pas le résultat d’une technique ? L’art dans le monde numérique interroge aussi notre rapport au travail, à l’économie, à la « diversion » : détournement, réappropriation, plagiat, contrefaçon…

On peut aussi soulever la question de la transmission et de la mémoire de la culture : par son cycle de vie court et ses fragilités, les technologies du numérique posent un défi paradoxal : il n’a jamais été aussi facile de dupliquer sans perte un contenu, mettant ainsi les modèles économiques en tension, mais la préservation de ces contenus culturels n’a jamais été autant incertaine.

DIY – Les objets du numérique

« Do It Yourself » : l’époque rêvée du bricolage c’est maintenant, avec une nouvelle révolution qui est en marche, celle des objets du numérique, de l’impression 3D, des « fablabs », du partage des modèles numériques aux partage et à la transmission des connaissances du « faire » en réseau. Une révolution industrielle à l’envers, par le « petit » et le local, par la production « distribuée » et non plus factorisée, le recyclage et l’économie de l’innovation sociale.

La mobilité

Nos vies étaient mobiles, elles sont devenues mobiles et connectées. Nos activités étaient dépendantes des lieux, elles ne le sont plus. Nous avions des contingences dans nos limites à la gestion de multiples informations, dans l’impossibilité de l’avoir au bon moment au bon endroit. Ce n’est plus le cas : les réseaux mobiles, une fois ouvert sur les données et internet nous donnent toute l’information pertinente et géolocalisée. Les territoires sont connectés et nous communiquent en temps réel les disponibilités des ressources : vélos, bus, voitures, réseaux… Notre espace-temps est bouleversé, les frontières entre travail, loisirs, famille ne sont plus que dans notre capacité propre à pouvoir, ou vouloir, maintenir nos cloisonnements sociaux.

La TV connectée

La promesse d’une TV connectée est au minimum un rêve pour l’industrie audiovisuelle, menacée d’une concurrence angoissante par l’internet. Notre « temps de cerveau disponible » échappe au contrôle du dernier média de masse en date[ref]Non, internet n’est pas un média de masse. C’est un média, utilisé en masse, dont certains usages recréent la structure type d’une communication de masse descendante. Mais rien dans sa nature, sa structure technique ou son histoire, n’en rend cet usage obligatoire ou inévitable : bien au contraire, c’est parce qu’il est interactif et ouvre le « feedback » de la communication qu’il n’est pas un média de masse.[/ref] Cette TV connectée veut maintenir nos comportements sociaux autour d’un objet dont on entrevoit une certaine obsolescence. Pour maintenir le modèle économique et culturel, la TV connectée veut réinventer la TV en transportant et transposant les usages du numérique. Tout en attaquant frontalement les changements qui remettent en question l’hégémonie du passé.

PC, mobiles, tablettes

Le multimédia est ce terme inventé pour porter le concept d’un nouveau bien de consommation, une évolution de « l’informatique individuelle » qui devient sexy car capable de communiquer autrement qu’avec du code, qu’il soit en ligne de commande MS-DOS ou en langage BASIC. Le PC était la révolution de la miniaturisation de l’ordinateur. Son concept technique n’a évolué que dans les performance et sa miniaturisation[ref]Voir le remarquable projet Raspberry Pi, un PC à la taille d’une carte de crédit, très bon marché, qui s’ouvre aux usages des bricoleurs et des créateurs. Le PC sur une seule porte un nom : System On Chip (SOC).[/ref]. On oublie l’importance du logiciel, du système, de l’interface homme-machine et de son intégration avec ce matériel. C’est certainement un point qui explique la réussite d’Apple et le renversement spectaculaire des positions acquises comme celle de Microsoft.